Wikileaks & Cassiopea

Pourquoi nous hébergeons un miroir de Wikileaks

Depuis quelques temps, si vous tapez dans votre navigateur wikileaks.cassiopea.org, vous tombez sur un miroir du célèbre site wikileaks.ch.

En effet, le CA de Cassiopea, avec les membres de l’équipe de Cassiopea, a décidé d’héberger un miroir de wikileaks.

Nous sommes comme vous en prise sur les nouvelles technologies, et avons des débats, parfois intenses, face à l’actualité de ce secteur. Or, face à l’affaire « cablegate » [1], nous avons souhaité nous positionner comme acteur. Cette décision, qui n’est pas dans les habitudes de notre association, nous a semblé s’imposer.

Nous souhaitons vous informer des termes de cette décision, de ce qu’elle implique, du débat sous jacent, auquel nous souhaitons vous inviter à participer.

D’abord, rappelons quelques faits :

Depuis le 28 novembre 2010, l’organisation Wikileaks publie progressivement des câbles diplomatiques issus de différentes ambassades américaines dans le monde. Ils en auraient obtenus plus de 250 000 au total et se sont associés à cinq journaux de renom pour leur publication dans la presse écrite.

Cette "fuite" massive n’est pas la première réalisée par cette organisation. En effet,une longue série de documents plus ou moins secrets ont été publiés via ce site actif depuis décembre 2006, tels que des manuels de contre-insurrection, ou des rapports concernant l’ACTA [2] Mais c’est début de l’année passée que le site a réellement gagné sa notoriété publique en publiant une vidéo d’une bavure de l’armée américaine, suivies de plusieurs centaines de milliers de rapports bruts des troupes américaines en Afghanistan [3] et en Irak [4].

Pourtant, cette fuite de câbles diplomatiques a déclenché une riposte de bien plus grande ampleur que toutes ces autres fuites : coupure de services, attaques informatiques, ruptures de contrats en vue d’empêcher les dons, embauche de sociétés de surveillance par des tiers n’étant pas mis en cause par les cables, dépôts de propositions de Loi interdisant de tels agissements, etc. Tous les moyens ont été utilisés pour empêcher cette organisation de fonctionner... Mais personne n’a mis en doute l’authenticité des câbles diplomatiques révélés. [5] Les accusations de mise en danger de la vie d’autrui n’ont à ce jour été confirmées par aucun fait. Loin d’être des activistes inconscients, un travail a été mené en vue d’anonymiser certaines sources ou personnes en activité.

Sans prendre partie sur le contenu de ce qui a été révélé (les agissements révélés sont-ils légitimes, qui a raison, etc...), Cassiopea souhaite marquer son attachement non pas à telle ou telle partie, mais à la tenue d’un débat. Il nous semble que ce dont Wikileaks est le signe, est justement une des possibilités offertes par les nouvelles technologies : « les échanges d’information, le partage d’idées et de savoir, et la mise en commun d’information et de services » (objet social de Cassiopea). Bref, ce que nous souhaitons est de veiller à ce que le débat puisse avoir lieu, et que des raisons techniques ne puissent pas empêcher un débat politique – quand, d’après nous, ce sont ces mêmes possibilités techniques qui ont rendu possible le débat politique.

En fait, deux débats se font jour . Le premier concerne le contenu de ce qui a été révélé : quel jugement posé face aux agissements du service diplomatique américain ? Le second concerne le fait que cela soit révélé, ce qui pose la question du degré de transparence souhaitable en démocratie.

C’est cette seconde question que nous souhaitons aborder. Elle le mérite d’autant plus que l’information est un des principaux leviers du pouvoir, et que son mode de répartition est une des conditions de la démocratie.

La raison de notre soutien technique à Wikileaks est donc de rendre possible un débat démocratique sur le degré de transparence souhaitable dans une démocratie à l’ère numérique. Et par là d’empêcher que ce site soit réduit au silence par d’autres moyens que la voie légale en Belgique.

Notre soutien technique [6]consiste donc à fournir un miroir à Wikileaks. Un miroir est un site qui possède le même contenu que le site original, mais n’est pas hébergé sur le même serveur. On n’accède à un miroir, en principe, que si le site original n’est plus disponible. En d’autres termes, si Wikileaks voit son hébergeur, ou ses serveur rendus indisponibles, il sera toujours possible pour l’internaute moyen d’accéder au contenu de ce site sur un des miroirs.

A moins que l’hébergement ou les serveurs principaux de Wikileaks ne deviennent inaccessibles pour une raison technique, il n’y a aucune raison que les serveurs de Cassiopea voient leur bande passante saturée par des visiteurs de Wikileaks – et encore, cette bande passante serait partagée entre tous les miroirs.

Début mars, il y avait plus de 1000 miroirs de Wikileaks [7]. Mais, sauf erreur de notre part, il y en a eu jusqu’à 2000. L’intérêt particulier de Cassiopea en tant que miroir est justement d’offrir un hébergement de qualité et dans la durée, ainsi qu’un environnement juridique plutôt protecteur en terme de liberté de la presse.

Nous vous avons fait part du sens de notre démarche, nous serions heureux de lire vos commentaires et, si nécessaire, en débattre lors de notre prochaine assemblée générale [8].

P.-S.

La synchronisation n’est visiblement pas assurée par Wikileaks de manière régulière. Si vous souhaiter consulter le site à jour, visitez www.wikileaks.ch .

Notes

[2« L’Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC ; en anglais Anti-Counterfeiting Trade Agreement : ACTA) est une proposition de traité international multilatéral concernant les droits de propriété intellectuelle. [...] L’absence de transparence des négociations suscite de vives critiques, les dispositions du nouvel accord s’annonçant bien plus complètes et restrictives que celles déjà prévues par l’ADPIC (accords de l’OMC sur la propriété intellectuelle), négociés à la fin du cycle d’Uruguay du GATT en 1994. Des documents ont néanmoins fuités dès mai 2008 par l’intermédiaire de Wikileaks, provoquant ainsi une importante mobilisation de la société civile contre cet accord et exigeant une procédure démocratique de négociations. ».

[5Les démêlées judiciaires de son fondateur ne peuvent en aucun cas être confondues avec un jugement des activités de l’association. D’aucuns trouvent que les accusations portées contre Julien Assenge constituent une bien curieuse – voire suspecte – coïncidence.

[6infrapaginal : Concernant l’aspect technique, nous avons autorisé l’utilisateur « wikileaks » à effectuer une synchronisation de données (via rsync) sur son répertoire mais en restreignant ses droits à cette opération.

[8Celle-ci se tiendra le vendredi 17 juin 2011 dans l’après-midi. Elle sera probablement accompagnée d’un atelier ouvert aux membres